29 Juillet 2018 : 40ème Anniversaire de la disparition de Gontran Dessagnes

En ce mois du 40ème Anniversaire de la disparition de Gontran DESSAGNES, le samedi 29 juillet 1978, nous avons voulu en résonance de son oeuvre, restituer et partager ici la parole de ce compositeur humaniste, visionnaire et engagé lui-même.

Voici ce qu’il pensait du rôle de l’Art et de l’artiste, exprimé lors d’une conférence devant les jeunes militaires de l’École de l’Air, durant la Seconde Guerre Mondiale (Alger, 1943) :

…Il faut encore que l’artiste possède trois vertus essentielles : il doit avoir la Foi, la foi en l’idéal, en la beauté, en l’Art, car c’est la foi qui l’incite à s’élever de plus en plus sur l’échelle de la connaissance ; il doit pratiquer l’Espérance, car il n’attend rien de son temps : il sait que sa mission est de servir, et de contribuer par ses œuvres à l’enseignement et à la vie des générations qui viendront après lui.

Enfin, il doit être touché par la sublime Charité, car il doit se souvenir que l’unique principe de toute création, c’est l’amour. Il doit toujours penser, suivant la belle parole d’Ibsen dans Solness le Constructeur, que son rôle sur cette terre est « de construire pour les enfants des hommes des maisons où ils se sentent chez eux et heureux. »

Il doit dire avec Haendel « je serais fâché si je faisais plaisir aux hommes, mon but est de les rendre meilleurs. » Il faut qu’il soit persuadé qu’un esprit d’orgueil borné et de satisfaction de soi le conduirait très vite à périr de consomption ; il est nécessaire que son art pousse en terre libre, qu’il y étende librement ses racines, partout où il peut boire la vie. Son esprit doit absorber toute la substance de l’univers, et sa victoire devenir la plus grande : une victoire de l’Humanité. Il doit être toujours persuadé qu’en art le succès obtenu n’est rien, l’effort accompli est tout.

Il doit créer, créer sans cesse de nouvelles œuvres, ne jamais se dire : tu n’iras pas plus loin. On va toujours plus loin, en art, il faut toujours aller plus loin « jusqu’ au fond des fonds, comme l’a dit Telemann, si l’on veut mériter le nom de vrai maître. » Enfin, il doit donner généreusement le meilleur de lui-même, car l’art n’est pas l’apanage d’une élite, il est le bien de tous. Vous voyez combien son rôle est noble, le plus grand et le plus beau qui existe sur cette Terre.

Source : extrait du Mémoire de recherche musicologique La présence de la musique algérienne dans l’oeuvre de Gontran Dessagnes, Marybel DESSAGNES, Aix Marseille Université, 2018